Parmi les filles qui, tous les jours, venaient chez Mme Paulhat-Durand, j' en avais remarqué une, d' abord parce qu' elle portait une coiffe bretonne, ensuite parce que rien que de la voir, cela me causait une mélancolie invincible. Une paysanne égarée dans Paris, dans ce Paris effrayant qui sans cesse se bouscule et est emporté dans une fièvre mauvaise, je ne connais rien de plus lamentable. Involontairement, cela m' invite à un retour sur moi-même, cela m' émeut infiniment... où va-t-elle ? ... d' où vient-elle ? ... pourquoi a-t-elle quitté le sol natal ? Quelle folie, quel drame, quel vent de tempête l' ont poussée, l' ont fait échouer sur cette grondante mer humaine, attristante épave ?
Octave MIRBEAU, Le journal d'une femme de chambre. |