Leurs femmes ont le teint finement rosé, les traits délicats et purs. Elles filent elles-mêmes le lin de leurs coiffes qui donnent à l'ovale de leur figure le galbe sculptural d'un vase aux belles anses. Sur leurs épaules s'arrondit une collerette en forme de fraise, d'où leur cou svelte émerge comme d'un calice, et, dans le velours de leur corsage, à la hauteur des seins, s'épanouit tout un parterre de fleurs. Elles trônent sur leurs escaliers avec une naturelle majesté de reines : à la façon dont elles tiennent la quenouille et manient le fuseau, il semble que leur main se souvienne d'avoir, en des époques antérieures, porté le sceptre.
Anatole LE BRAZ, Croquis de Bretagne, la fileuse. |