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«Je ne suis pas habillée quand je n'ai pas ma coiffe», confie Isabelle, bien qu'elle ne sorte presque plus de chez elle. Les Bigoudènes résistent et se battent. Contre le vent, invité permanent de la pointe de Penmarch, ce bout du monde sauvage où il s'amuse à souffler dans leurs tourelles en dentelle. «Avec les bourrasques, ça craque et ça tombe», soupire Maria. Contre les voitures exiguës, aussi, qui les condamnent au torticolis sauf feu la 2 CV à l'habitacle gonflé, vénérée par toutes ces dames. Contre le jugement social, enfin. «Dans le temps, tout le monde portait la coiffe. Et puis, dans les années 1970, c'est devenu la honte d'être bigoudène, ça signifiait que vous étiez arriérée!» confie Anna. Marie-Jeanne poursuit: «Les femmes de notables ont peu à peu retiré leur coiffe, car elles pouvaient se permettre de suivre la mode. La Bigoudène, elle, ne change pas de mode.» «Ça faisait plus chic en chapeau! confirme Marie-Louise. Il fallait se mettre à la mode de la ville, refuser de parler breton. Bref, tout faire pour sortir de ses misérables sabots remplis de paille», se souvient-elle.
Cette bande-ci n'a pas cédé. «On est nées avec une coiffe», dit Alexia. Ce qui ne veut pas dire coiffées: toutes travaillaient, «à l'usine», «à la criée», «à la ferme». Avant de partir, à l'aube, elles prenaient vingt minutes pour enfiler leur couvre-chef et se piquer la tête d'une quarantaine d'épingles. Un sacerdoce de la mèche! Séparer les longs cheveux (impératif) en trois, placer le petit bonnet noir (koef bleo) sur la tête et le nouer à la gorge. Fixer les cheveux sur le bonnet par un velours. Faire un petit chignon sur le dessus de la tête et y épingler le ruban de velours (bouloutenn), etc. Enfin, réaliser les accroche-cœur à l'aide des deux mèches de cheveux restées sur le devant. Un rituel immuable depuis la puberté, quoique un peu ralenti désormais, pour les plus âgées, souvent frappées d'arthrose.
Les dernières Bigoudènes forment une fine équipe, qui devise en breton, avec un faible pour les konchennoù (les commérages).
Article de l'Express, Août 2006. |
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